Nature Structurelle. Regard Philosophique

Nature Structurelle. Regard Philosophique

Il s’agit d’envisager un travail artistique sous le prisme de la philosophie, d’interroger la matière brute.

Kakinka Szabo-Detchard expose à l’Institut Culturel Bernard Magrez à Bordeaux et son exposition fait partie de la programmation AGORA 2017.

Elle souhaitait que Sophie Geoffrion trace l’identité philosophique de son travail pour en éclairer le contenu réflexif, souvent difficile à capter ou à exprimer.

Voici le texte de Sophie.

 

 

Nature Structurelle, par Sophie Geoffrion, Philosophe.

 

Théoricienne et praticienne Karine Szabo-Detchart aime conceptualiser et concrétiser. Penser et faire. Parce que l’un ne peut se passer de l’autre. 

Son travail s’enracine à la lisière de l’art, de l’architecture et de la nature. L’artiste pousse la réflexion au-delà des frontières établies et cherche à déloger l’origine des formes.  

La nature ne serait elle pas la matrice de toutes structures, la forme première ? [Saut de retour à la ligne] 

Le cadre est le propre de la nature, pas celui de la pensée humaine, sclérosante et bavarde ; tel est le propos de l’artiste qui s’émancipe des schémas intellectuels, libère les espaces, transforme les regards et ouvre l’esprit. 

 

L’exposition est une déambulation à travers trois éléments majestueux qui symbolisent une fusion entre l’art, la nature et l’architecture.  

Les oeuvres qui ne perdent jamais le fil de la pensée, évoquent des formes végétales : rhizomes en réseaux, racines aériennes, fougère géante qui se déploie en ruban. On circule au milieu de ces architectures de bois qui miment la nature. On s’y cache, s’y faufile, s’y loge comme dans un nid protecteur et on s’étonne. La nature est protectrice mais aussi dangereuse. Elle est un antre-refuge armé de griffes menaçantes. Seul son coeur est réconfortant. C’est lui que nous devons rechercher. 

Les sculptures initient donc un dialogue entre les disciplines, une conversation nouvelle qui articule le vivant et le stable et propose une architecture naturelle. 

Aux murs, des travaux bidimensionnels soulignent la relation fragile et indocile entre art, architecture et nature. Est-elle un chaos, un état de guerre ? Ou au contraire une explosion, une métamorphose ? 

 

Pour ne garder que l’épure et la simplicité de l’impulsion initiale, l’artiste a taillé le bois à la main. Ce geste premier est irréfléchi, mécanique et s’abandonne au mouvement. 

Karine Szabo-Detchart interroge  le primitivisme et cherche à revenir à l’essentiel,  à la brutalité du premier soubressaut, pour aller de l’avant, pour retrouver quelque chose de fondamental et d’universel, une forme d’expression, un nouveau langage qui conjuguerait le naturel et l’architecture. 

 

L’humanité se situe au carrefour de l’intuition et de la pensée. Les oeuvres de Karine Szabo-Detchart saisissent cette dualité, ce mélange. L’artiste cherche ce point d’équilibre et de tension entre nature farouche et structure rigoureuse. 

Là où l’architecture  piège le mouvement dans une structure fixe, le végétal garde  en son coeur, comme un trésor enfoui, une matière pensante, mobile et vivante. Un battement vibrant que l’art capte pour édifier une nouvelle morphologie spatiale et révéler la pensée sauvage. 

La nature est la géographie que nous devons penser pour construire d’autres formes artistiques. 

Les oeuvres de Karine Szabo-Detchart sont métaphysiques et poétiques. A les contempler, nous comprenons que la pensée artistique est une impulsion de vie.  

 

Sophie Geoffrion 

Laissez votre commentaire juste ici !